Didier Manez, Président de la SFPA

 

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Nous avons le plaisir de vous informer que Monsieur Didier MANEZ, psychanalyste et didacticien adlérien, a été élu nouveau Président de la Société Française de Psychanalyse Adlérienne, SFPA

We are pleased to inform you that Mr. Didier MANEZ, psychoanalyst and Adlerian teacher, has been elected new President of the French Society of Adlerian Psychoanalysis, SFPA

Le Mot du Président:

La transmission

"Élu récemment à la présidence de la Société Française de Psychanalyse Adlérienne, la question de la transmission et de la filiation du corpus d'Alfred Adler s'est imposée à ma réflexion. C'est somme toute une question qui a hanté l'esprit de tous ceux qui m'ont précédé et je ne pense pas pouvoir m'en exonérer.Nous le savons, la question de la transmission est consubstantielle à la psychanalyse. La psychanalyse a représenté une véritable révolution copernicienne, un double renversement faisant de l’enfant le père du futur homme et de l’inconscient un des moteurs du conscient.Mais que transmettre ? Il s'agit de transmettre non seulement un corpus théorique, un ensemble de méthodes ou de procédures mais aussi une praxis, une éthique. Si la question des méthodes de transmission peut naturellement se poser, les finalités même de cette transmission nous semblent plus importantes. Comment enseigner une discipline supposée auto-suffisante tout en tenant compte de la réalité actuelle de recherches d’intégration? L'enseignement de la doctrine d'Alfred Adler passe par une transmission orale, dispensée par les Instituts et par des didacticiens au cours de stages, de séminaires, dans le cadre d'un cursus de formation. L’essentiel de la transmission passe ici par la présence et la parole du maître. La transmission s'effectue également par imitation et va au-delà du principe d’exemplarité. La transmission est aussi favorisée par l'imprégnation, par l’importance en son sein des relations personnelles et interindividuelles et par la place qu'occupe le sentiment d'appartenance à la communauté humaine et de ces "humanités qui se dégagent de nos maîtres. Au-delà des méthodes de transmission des savoirs et des savoir-être, et afin de pouvoir prendre pleinement la mesure de ce que nous avons reçu de nos maîtres, il faut pouvoir nous en détacher, il faut une forme de "tiercéisation". À défaut, nous passons notre temps à réentendre ce qu'ils nous ont appris, à reproduire à l’identique le discours d'appartenance, ce qui revient à condamner ou à laisser dépérir la pensée reçue en héritage. La transmission ne peut être assimilée à une reproduction, elle est une transformation, une refondation, une création. Il s'agit d'entendre par nous même, mais également par le discours de nos analysants ce qui s'exprime de la complexité des faits cliniques. Cette approche semble être la condition pour maintenir une théorie vivante. Un travail qui se renouvelle à chaque étape, à chaque passage. Ce travail doit nous permettre d'éviter deux écueils : le "collage" en se conformant aux plus petits détails de l'œuvre de nos maîtres ou à une forme de meurtre silencieux où l'on cesse de parler des éléments importants et de faire "comme si" tel élément n'avait jamais existé parce que daté sur le plan historique. À quel niveau s'effectue la transmission ? Si la transmission ne s'opère qu'au niveau de la compréhension intellectuelle, elle s'en trouvera limitée. En revanche, si elle transparaît dans la description de nos qualités et de nos valeurs, dans nos expériences analytiques, la transmission change naturellement de registre. La transmission est un véritable paradoxe attaché à ce qui constitue notre humanité. Ce que Goethe résume bien : Ce qu’on a déjà reçu en héritage pour le rendre sien il faut se le réapproprier. La question de la transmission est de l'ordre de la transmission de la vie, de la vie psychique, de l'expansion du devenir sujet. Dans le « sens de la vie », la vie n’est pas la reproduction indéfinie du même, c’est le changement, c’est une co-construction permanente. C'est ce qui se vit en thérapie dont la finalité première demeure le changement. Le changement fait lui-même partie d’une évolution de la société toujours à l'aube de l'humanité, visant à s'affranchir du conformisme et de l'autoritarisme, développant les principes de coopération et de collaboration, recherchant chez nos analysants l'expansion de la liberté et de son corollaire la responsabilité. Ainsi, la transmission de la psychanalyse demeure une possibilité d’élaboration permanente, une création ou une recréation continue du sujet inscrit dans sa temporalité. Ensemble, éveillons nos « pouvoirs créateurs » pour que vive et se développe la psychanalyse adlérienne."

Le Président de la SFPA, Didier Manez

Date de dernière mise à jour : 25/10/2020